66 % des Français jugent l’Assemblée nationale défaillante : les enseignements chocs de la 9e vague de l’Observatoire Parlement
Les résultats de la neuvième vague de l’Observatoire Parlement, étude barométrique conduite par Toluna Harris Interactive pour Séance Publique et HEIP, ont été présentés jeudi 4 juin au Salon des affaires publiques et de l’influence, en présence de :
- Jean-Daniel Lévy, Directeur Délégué de Toluna France
- Ludivine Philippon, Présidente exécutive de Séance Publique
- Richard Amalvy, Directeur académique de HEIP
- Benjamin Morel, professeur à HEIP
À un an de l’élection présidentielle et du terme du second mandat d’Emmanuel Macron, cette neuvième vague dresse un bilan contrasté de la vie parlementaire depuis 2022. Pour la neuvième fois consécutive depuis le lancement de l’Observatoire en septembre 2022, HEIP s’associe à Séance Publique et Toluna Harris Interactive comme partenaire de cette étude de référence sur le rapport des Français à leur Parlement. Comme à chaque vague, nos étudiants furent nombreux à venir découvrir en direct ces résultats, toujours riches d’enseignement sur les relations des Français au Parlement.
Réalisée en ligne du 12 au 15 mai 2026 auprès de 1 007 personnes représentatives des Français de 18 ans et plus, l’enquête révèle une défiance persistante envers les institutions, tempérée par quelques signaux de redressement.
Comprendre ces dynamiques est au cœur de nos enseignements. Analyser la perception des institutions et les rapports de force politiques sont des compétences clés que nous transmettons à nos futurs experts en affaires publiques.

Conférence plénière au Salon des Affaires Publiques et de l’Influence.
De gauche à droite : Ludivine Philippon (Séance Publique), Jean-Daniel Lévy (Toluna Harris Interactive), Richard Amalvy (HEIP) et Benjamin Morel (HEIP).
Un regain de confiance fragile
Après un point bas mesuré en octobre 2025 en pleine période d’instabilité gouvernementale, la confiance dans la capacité des institutions à changer concrètement la vie des Français remonte légèrement. Les collectivités territoriales restent l’échelon le mieux perçu (61 %), devant l’Assemblée nationale (58 %), le président de la République (57 %) et le Premier ministre (52 %).
Le fait marquant de cette vague est le repositionnement du Sénat, qui progresse de 7 points pour atteindre 49 % de crédit. La chambre haute bénéficie d’une image globalement positive :
- 65 % des Français la perçoivent comme un contrepoids à l’Assemblée nationale
- 64 % estiment qu’elle améliore la qualité des textes législatifs
- Une majorité y voit un lieu de débat posé (60 %) et de travail sérieux (54 %).
Limite notable : seuls 43 % des Français considèrent que le Sénat est représentatif de la société française, un chiffre stable depuis trois ans. Par ailleurs, 59 % ne souhaitent pas que le camp présidentiel obtienne la majorité au Sénat lors des élections de septembre prochain.
Les commissions d’enquête : utiles mais soupçonnées d’instrumentalisation
Dans un contexte marqué par la forte médiatisation de la commission sur l’audiovisuel public, les Français reconnaissent l’utilité de ces instances : 67 % estiment qu’elles servent à proposer des recommandations et à rendre publics des dysfonctionnements, 62 % à contrôler l’action du gouvernement.
Mais cette légitimité est nuancée : 58 % des sondés considèrent qu’elles servent aussi la communication personnelle des élus, et seulement 43 % jugent qu’elles disposent de pouvoirs trop importants.
Cette dualité entre utilité publique et stratégie de communication est un cas d’école pour nos étudiants en MSc Communication Politique, Institutionnelle & Lobbying, qui apprennent à décrypter les coulisses du pouvoir législatif.
Défiance persistante envers les groupes parlementaires

Aucun groupe parlementaire ne satisfait une majorité de Français. Le Rassemblement National reste la formation la mieux évaluée avec 43 % d’opinions positives, devant LR/Droite Républicaine (35 %, +3 points), Horizons (32 %, +4) et les Écologistes (31 %, +4). Renaissance plafonne à 27 %, le MoDem à 23 %.
Cette hausse quasi générale par rapport à l’automne 2025 — où la plupart des formations avaient atteint leur niveau le plus bas — doit être lue avec précaution : elle traduit davantage un rebond depuis un plancher historique qu’un retour de la confiance. Le RN est par ailleurs toujours perçu comme la principale force d’opposition au gouvernement (40 %), loin devant les Insoumis (26 %) et les socialistes (10 %).
Un bilan sévère de la législature
C’est sans doute l’enseignement le plus frappant de cette vague. Si en 2022, 71 % des Français voyaient dans la majorité relative une opportunité de dialogue, ils sont aujourd’hui 52 % à la considérer comme une source de blocage. Le jugement sur l’Assemblée nationale est sévère : 66 % estiment qu’elle n’a pas bien rempli sa mission législative depuis 2022, et 61 % qu’elle a failli dans son rôle de contrôle du gouvernement. Aucune formation politique ne considère majoritairement que la chambre basse a bien joué son rôle de discussion et de vote de la loi.
L’étude met également en lumière une relecture a posteriori des crises politiques récentes : alors que 53 % des Français approuvaient la censure du gouvernement Barnier (décembre 2024) et 68 % souhaitaient le départ de François Bayrou (septembre 2025), ils sont aujourd’hui 54 % à juger ces épisodes déstabilisateurs pour le système politique. Un retournement significatif partagé par les sympathisants Ensemble (65 %), LR (59 %), RN (55 %) et PS (52 %).
Vers une institutionnalisation du partage du pouvoir ?
En projection, les Français semblent vouloir pérenniser un équilibre des pouvoirs plutôt que de revenir à une domination absolue. En cas de nouvelles élections législatives :
- Seulement 14 % souhaiteraient une majorité absolue pour Renaissance et ses alliés
- 28 % préféreraient une majorité relative
- 55 % se positionnent en faveur d’une cohabitation, une aspiration partagée par l’ensemble des sympathisants d’opposition et une fraction croissante des proches de la majorité présidentielle.
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Observatoire Parlement, Vague 9. Enquête Toluna Harris Interactive pour Séance Publique et HEIP, réalisée en ligne du 12 au 15 mai 2026, auprès d’un échantillon de 1 007 personnes représentatif des Français de 18 ans et plus.
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